Présentation de l'autrice

Daliborka Milovanovic est journaliste, écrivaine, essayiste, chercheuse, chargée de cours en lettres modernes à l’université de Paris Cergy, et éditrice indépendante.

Elle anime des ateliers d’écriture et de construction d’univers romanesques à Paris.

Elle mène, par ailleurs, un travail de recherche indépendant, transversal et pluridisciplinaire sur l’enfance, la maternité, les structures de domination, le langage, le corps, la sensibilité, ainsi que la construction et la diffusion des savoirs dans une perspective écoféministe.

Elle publie régulièrement des articles dans divers revues, médias ou ouvrages collectifs, et est l’autrice des sites internet Le Gai savoir – philosophie, éducation, écologie : https://www.daliborka-milovanovic.fr/  et Enfantillage – Prendre les enfants au sérieux : https://enfantill-age.fr/.

Elle a rédigé un essai, Punk Parenting – Éducation, anarchisme, écologie qui paraîtra en librairie en novembre 2025. Un autre essai, Entrelacs – Philosophie et écologie des liens paraîtra en 2026.

Odaren
La rétention des âmes
Tome 1 - Le Cinquième Interdit

UGS : 9782490050987

24,00 €

Description

Dans une Europe dyschronique et fantastique politiquement divisée, deux groupes d’humains «mutants» rivaux peinent à maintenir une paix censée les protéger les uns des autres, mais aussi des humains. Cependant, une menace plus grande dont ils ignorent presque tout plane sur eux.
Car les Odarens, qui sont « ceux qui ont reçu le don », sont également « la race maudite », celle des âmes qui, au commencement de tout, ont fait le « mauvais choix » de l’immortalité et ont été frappées par « la malédiction de la rétention des âmes », le Vez.
Victimes de ceux qui convoitent leurs pouvoirs, les Odarens sont aussi les bourreaux anciens des Shellans, peuple dont ils ont consommé le sang magique pour échapper à leur funeste nature.
Ainsi, les Shellans se cachent depuis des siècles pour échapper aux « Moulè », les vampires des contes anciens.
Les destins de ces deux « natures d’âme » se croiseront pourtant de nouveau grâce à la rencontre merveilleuse de Cédric, jeune Odaren issu d’une lignée prestigieuse de guerriers, promis à une brillante carrière au sein de l’ordre du Mohab, et Délia, jeune Shellane, apprentie sorcière, investie de « l’esprit de l’Ayonshah ».

Odaren est le premier roman de l’autrice et aborde, par la voie d’une fantasy réaliste, sensible et sensorielle, incarnée et poétique, des thèmes politiques et psychologiques modernes : dominations (de race, de classe, de sexe et d’âge), traditions, rupture des transmissions, transhumanité, écologie, émancipation, etc. Roman d’initiation polyphonique, son univers se déploie à l’intersection de plusieurs héritages culturels et spirituels : balkanique, tsigane, arabe, germanique, occitan, notamment. Odaren est pensé comme un univers évolutif avec une trilogie centrale et des spin-offs autonomes.

Extraits

L’oiseau noir se posa avec légèreté sur le rebord de la balustrade et, fixant son hugrbrodh de son œil d’onyx, il émit un léger coassement. Kayne déposa doucement sa tasse de café sur les carreaux joliment émaillés de la petite table du balcon et leva la tête vers le corbeau ; il sourit discrètement, secouant brièvement la tête, amusé. Il s’était lié à l’oiseau quand il était enfant, un beau jour d’été, sur les rivages de la Loire. Il avait reconnu en lui un double sensible. Il lui avait offert son nom, Munnin. À l’époque, il ignorait l’existence des berserks, et avait été bouleversé par leur transvision mutuelle. Plus tard, il aurait appris que rares étaient ceux d’entre ses congénères capables d’un tel lien psychique avec les berserks ; qu’il fallait avoir éprouvé les frontières de la vie, avoir eu l’âme détachée, pour y parvenir, ce qui ajoutait au mystère de leur congruence psychique, à la fascination qu’il éprouvait pour cette singulière télépathie. Au moment de leur rencontre, Munnin était déjà un vieux routard qui avait connu la Révolution industrielle. Il avait sillonné maintes routes mais la Ligne verte, celle de la Loire, était son périple favori. Il n’aimait pas la montagne, qui lui inspirait un genre d’horreur, et préférait les cours d’eau et les bords de mer. Et il se désolait du défigurement des paysages, encore plus outrancier au Nord, au-delà de la Ligne verte, où régnait l’impermanence. Le corbeau freux noir au plumage superbe ne revenait qu’aujourd’hui, après un mois de pérégrinations. En effet, la route jusqu’aux Pyrénées était longue et intéressante, et les motifs de distraction nombreux. De plus, Munnin était un être indépendant, qui avait ses propres intérêts et préoccupations. Mais Kayne était patient, et avait lui-même été absent. Il s’amusait de la nonchalance du berserk. Leur lien lui était d’autant plus cher qu’il était élastique, et leurs retrouvailles n’en étaient que plus estimées.
Les yeux fixés sur lui, Kayne attendit que Munnin lui ouvre une brèche. Le voile d’ombre qui occultait l’accès fut alors comme soufflé par une brise légère mais déterminée, et il pénétra le royaume du berserk. Embrassant l’immensité de son monde intérieur, il aperçut les lacets argentés des asphaltes et les rubans scintillants des rivières, frayant à travers les surfaces ombreuses des forêts, les aplats monotones des champs et les toiles éblouissantes des villes. L’oiseau avait beaucoup voyagé ces dernières semaines et son esprit était envahi de paysages. Kayne suivit un trajet plus ancien dont les impressions étaient cependant encore vives et nettes. Un trajet qui avait commencé ici même, à son retour de Norvège, et que le berserk lui restituait en silence et en images. Kayne épousa le point de vue de Munnin, survolant le bassin citadin, s’étirant à perte de vue, puis l’immense nimbe des champs jaunis qui l’enserrait, et, dépassant la Ligne verte, les prés et les bois du Sud. Enfin, au-delà d’une plaine parsemée de bocages, il vit la houle bleue des montagnes au loin, découpant l’horizon de ses crêtes blanches, et fut saisi par la beauté de cette approche depuis les nues. En bout de course, il survola un entrelacs d’arbres, de sillons terrestres et de chapiteaux bruns, sertis dans un écrin de bosquets pourpres : le cœur palpitant et habité du rayonnement. Ce que personne n’avait pu atteindre par la voie terrestre, Munnin avait pu l’entrevoir par celle des airs.